De nombreux signes positifs par Alex St. James

16 décembre 2015
DE NOMBREUX SIGNES POSITIFS
Par
ALEX ST JAMES,
Directeur des Opérations et de la Souscription chez One Re, Londres

Les perspectives de l’économie africaine et de son secteur de l’assurance ne semblent pas très brillantes à l’heure actuelle ; toutefois, les signes positifs sont nombreux pour les économies du continent, les marchés locaux de l’assurance et de la réassurance et l’industrie internationale de la réassurance.

Malgré un affaiblissement mondial du marché, suite à l’intervention de catastrophes naturelles bénignes et une surabondance de la capacité mondiale alimentée par l’inexistence de rendement des investissements sur les marchés plus traditionnels, les assureurs et réassureurs sont en mesure d’obtenir des résultats observables de souscription et de croissance. L’activité concernant les fusions et acquisitions est importante dans le secteur international de l’assurance, toutefois cette activité, plutôt qu’un moyen de réaliser des économies, est dictée par un besoin de croissance et de canaux et plateformes de distribution donnant accès à de nouveaux marchés. Alors que l’Europe met en œuvre un plan de Solvabilité II, et que le reste du monde met en œuvre des réglementations similaires d’évaluation du capital-risque, les assureurs et réassureurs internationaux s’intéressent non seulement à la qualité des nouvelles affaires conclues, mais aussi à la qualité des entreprises et des marchés sur lesquels ils opèrent.

CHANGEMENT D’ORIENTATION
Pour les entreprises africaines, l’introduction par les régulateurs africains de tests de solvabilité basés sur les modèles de capital-risque, comme pour le cas de l’Afrique du Sud avec SAM, permettra, en plus d’améliorer la transparence des bilans des assureurs locaux, d’exiger une vision plus internationale de l’approche du transfert de risque et la qualité de la couverture en réassurance acquise par ces entreprises. De plus, cela a pour effet d’introduire un processus laborieux de validation des clients, des vérifications préalables renforcées, la recherche de sanctions à l’égard des administrateurs et actionnaires, des personnes politiquement exposées, par un département de conformité prudent face au risque, au cours duquel les réassureurs analysent les risques politiques, les risques de sécurité et les risques de défaut de paiement. Les graines semées dans l’économie africaine au cours des 15 dernières années semblent profondément enracinées dans un sol fertile, et l’Afrique montre une résilience aux forces des marchés mondiaux et extérieurs. Toutefois, l’Afrique doit faire face à l’effondrement mondial des prix des matières premières, associé à une écrasante pénurie d’électricité, une incertitude et instabilité politique, des hauts niveaux de la dette étrangère et des dévaluations monétaires. Les perspectives de l’économie et de la croissance en Afrique, selon les agences de crédit, les gestionnaires de fonds et les analystes économiques semblent totalement défavorables.

QU’EN EST-IL DE L’INDUSTRIE AFRICAINE DE L’ASSURANCE/RÉASSURANCE ?
Le secteur de la réassurance en Afrique subsaharienne est caractérisé par une forte compétition entre les réassureurs locaux et régionaux pour toutes les affaires qu’ils peuvent garantir localement, soit à travers des cessions obligatoires soit via les exigences minimales en matière de rétention locale de la part des cédantes. Les bénéfices de la croissance en Afrique au cours des 15 dernières années, largement alimentée par le boum des ressources, et l’absence de pertes catastrophiques significatives ont aussi profité à l’ensemble de l’industrie africaine de l’assurance. Ces dernières années, les réassureurs africains à la recherche d’une croissance supplémentaire et souhaitant diversifier leur portefeuille ont élargi leur périmètre de souscription pour inclure des territoires tels que le Moyen-Orient, l’Inde, la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines et le Népal. Les réassureurs africains cherchent de plus en plus à devenir des réassureurs mondiaux. Cependant, les stratégies de souscription peu élaborées de la part de ces réassureurs n’ont pas permis d’obtenir les résultats de souscription escomptés, si bien que le commerce africain rentable et bien établi a été contaminé par l’exposition aux risques de catastrophe qui ne sont pris en compte ni dans leurs modèles d’établissement des prix ni dans les coûts d’achat de rétrocession.

FUSIONS ET ACQUISITIONS
Les assureurs ont également cherché à afficher un niveau de croissance supérieur à travers l’élargissement du périmètre territorial de souscription via l’offre en réassurance facultative au-delà des frontières adressée aux territoires voisins. Les plus grands groupes d’assurance souhaitant établir une réelle marque panafricaine acquièrent des opérations dans de nouveaux pays à un niveau sans précédent et payent des montants sans précédent pour le faire. Toutefois, la différence des approches règlementaires selon les marchés, les diverses exigences en matière de capital et de solvabilité, retentions et cessions obligatoires signifie qu’il est rare d’arriver à concilier toutes les normes opérationnelles, les approches de la souscription ou les accords de réassurance de groupe. L’absence d’un large pool de professionnels de l’industrie alourdit la charge financière pesant sur les sociétés pour mettre en place des normes de bonnes pratiques sur l’ensemble de leurs activités.

Les assureurs et réassureurs africains ont connu des difficultés en termes de contrôle de crédit pendant de nombreuses années, ce qui, pour de nombreux marchés, a eu un impact immédiat sur les assureurs qui ont été forcés d’annuler des sommes importantes de primes non-collectées avec l’introduction de nouvelles normes et lois comptables. Les réassureurs internationaux, en plus des difficultés rencontrées pour collecter les primes auprès des cédantes africaines, sont également affectés par la pénurie de liquidité des réserves de change, et pour de nombreux assureurs locaux il est pratiquement impossible d’obtenir des changes suffisants permettant de satisfaire les traités de réassurance et réassurances facultatives obligatoires.

INCLUSION LOCALE
Les gouvernements africains sont mandatés pour augmenter le niveau d’inclusion locale dans les secteurs du commerce et de l’industrie, créer de l’emploi et répartir les richesses localement. L’assurance et la réassurance ne sont pas perçues comme des cas particuliers exigeant une approche différente pour atteindre cet objectif et le transfert de risques et primes hors des marchés africains est perçu comme une exportation indésirable de devise forte, d’opportunités d’emploi et d’impôts sur les sociétés, ce qui est vital pour l’économie locale. La supervision et la mise en application des règlementations progressent de plus en plus en garantissant une plus grande stabilité du marché plutôt que de réagir aux transgressions individuelles des assureurs. De nouvelles règles de collecte des primes, tarifs, et comités de direction, validation réglementaire des contrats de réassurance, amendes et sanctions réglementaires sévères pour les transgressions des règles par les assureurs et réassureurs aussi bien locaux qu’internationaux, et plus important peut-être, l’émergence à travers l’Afrique, suivant le modèle de l’Afrique du Sud, conduisent à une approche par les risques de la solvabilité. Le durcissement de l’environnement réglementaire africain est une force pour le bien, garantissant que les marchés locaux sont protégés contre leur propre compétitivité nécessaire du fait de l’offre locale excédentaire mise en évidence par le nombre d’assureurs opérant dans des marchés relativement petits. Les nouveaux arrivants sur les marchés, en particulier les entreprises internationales ayant de solides moyens financiers, sont dorénavant dans l’impossibilité de vendre à perte afin de gagner des parts de marché et doivent rivaliser sur un pied d’égalité. Les assureurs internationaux offrant des programmes internationaux aux grandes organisations multinationales peuvent dénoncer l’ingérence des régulateurs concernant le placement local des risques où des retentions minimales sont fixées et dans de nombreux cas, des cessions de réassurance obligatoires sont exigées, avant approbation et autorisation par les régulateurs d’une réassurance internationale. Toutefois, ce niveau de contrôle réglementaire est nécessaire étant donné que les marchés africains de l’assurance ont accepté pendant de nombreuses années des accords de façade pour des risques importants en échange de frais ou de commissions minimes avec une participation faible voire inexistante au risque lui-même. Les réassureurs mondiaux opèrent avec des marges opérationnelles en baisse, une réduction des revenus de placement, et une concurrence due à l’arrivée de nouveaux fournisseurs de capacité, toutefois les réassureurs conservent une croissance positive et obtiennent de solides résultats de souscription alors que le marché est considéré comme déprimé. Certes, il y a une offre sans précédent en matière de capacité pour la protection contre les catastrophes naturelles au niveau mondial, et cette offre a provoqué l’affaiblissement des marchés mondiaux de la réassurance, ce qui apparait comme une évolution logique dans un monde d’urbanisation croissante, de concentrations humaine et immobilière plus élevées que jamais dans les mégapoles elles-mêmes en expansion en passe de devenir de vastes métropoles, et une certitude croissante comme quoi les catastrophes naturelles seront d’une plus grande amplitude en termes d’impact financier dans le futur. Par conséquent, la capacité de réassurance mondiale doit accompagner la croissance de l’économie mondiale.

IMPACT DES RÉGLEMENTATIONS
Les réassureurs et assureurs internationaux qui cherchent à exercer en Afrique doivent connaitre les législations locales en matière d’assurance et les conséquences pour eux et leurs clients en cas d’infraction. Les exigences liées à la conformité, concernant la recherche de sanctions, vérifications préalables renforcées et les politiques contre la corruption rendent les procédures d’approbation de clients plus laborieuses qu’auparavant. La loi britannique sur l’esclavage moderne a des implications pour les assureurs et réassureurs domiciliés au Royaume-Uni garantissant l’extraction ou le transport de minéraux dont la provenance est incertaine. Pour les assureurs africains, la connaissance des évolutions de la réglementation des marchés internationaux est tout aussi importante. Par exemple, au moment de conclure des affaires avec des entreprises domiciliées au Royaume-Uni, les amendements de la loi de l’assurance 2015 dont la mise en œuvre est prévue en 2016, exigeront une plus grande charge d’informations de la part des réassureurs faisant le choix de s’engager dans des contrats de réassurance régis par les lois et la juridiction d’Angleterre. Les perspectives économiques de l’Afrique, malgré d’importantes turbulences comme la dévaluation permanente des devises locales et la menace d’une baisse de cote de crédit, restent favorables. Les prévisions en termes de croissance de l’Afrique restent supérieures à celles du monde développé et les investissements dans les infrastructures, malgré un ralentissement, n’ont pas tous cessé. Les niveaux d’investissements étrangers en Afrique ont continué de croitre régulièrement d’année en année, et des niveaux d’investissement et valeurs des projets toujours plus élevés demanderont un accès toujours croissant à la capacité internationale. À court terme, les perspectives pour 2016 concernant l’industrie de réassurance restent commerciales ; les réassureurs mondiaux recherchent de plus en plus à améliorer leurs canaux de distribution à travers les marchés émergents.
L’Afrique représente toujours une opportunité pour l’acquisition d’affaires qui sont souvent mieux cotées que sur les marchés plus développés avec une demande plus importante de capacité de réassurance facultative proportionnelle. Les assureurs africains qui sont restés concentrés sur leurs marchés principaux et qui ont régulièrement justifié d’une comptabilité rentable, resteront des propositions attractives pour les réassureurs spécialisés dans les traités. La sensibilisation croissante aux expositions globales et au capital-risque, conduira à une augmentation des demandes de protection du capital sous la forme de réassurance de risque individuel non-proportionnelle et de traité de catastrophes naturelles.
Les perspectives du point de vue de One Re restent pleinement favorables, nous restons attachés à l’Afrique, et en tant que réassureur spécialiste de l’Afrique, la stabilité et la résilience du secteur de l’assurance africaine constituent un intérêt direct. Forts de vingt ans d’expérience en tant que propriétaires et exploitants de sociétés d’assurance et de réassurance à travers l’Afrique, nous sommes bien conscients des défis, obstacles et risques importants auxquels nous et nos clients sommes confrontés en exerçant dans cet environnent.

Ayant nous-mêmes relevé plusieurs de ces défis et fait nos preuves, nous sommes capables d’ajuster correctement notre modèle de risque pour y voir bien plus d’opportunités que de menaces pour le futur.

Article publié dans l’édition de décembre 2015 de Cover Magazine.